Interview de Sylvie Guinard (MBA 2002), PDG de Thimonnier

Mar 13, 2014

« Femmes, hommes, apprentis, ingénieurs, la mixité dans tous les domaines est une grande richesse pour l’entreprise »

Sylvie Guinard (MBA 2002) a longtemps rêvé d’être spationaute et demeure passionnée d’espace et d’aéronautique. Mais l’école des pilotes de chasse étant, à l’époque fermée aux filles, et les performances physiques lui paraissant hors de sa portée, elle choisit la voie technique et sort ingénieur mécanicienne, diplômée de l’ESTACA (Ecole Supérieure des Techniques Aéronautiques et Constructions Automobiles). Elle épouse alors un autre rêve, moins spectaculaire, peut-être mais qui fait de son quotidien une expérience passionnante en prenant les rênes, à 36 ans, de Thimonnier, la société familiale. Implantée à Saint-Germain-au-Mont D’Or (Rhône), cette entreprise née, à l’origine, avec l’invention de la machine à coudre, s’est spécialisée dans la conception et la fabrication de machines d’emballages souples pour les produits liquides, pâteux ou visqueux (emballages de lait, berlingots d’eau de javel, jus de fruits, poches médicales, etc.) : 60 personnes et une progression du chiffre d’affaires à 2 chiffres sur les cinq dernières années.

Avant de rejoindre l’entreprise familiale, vous aviez participé à d’autres aventures ?

S.G. : Oui, l’une de mes fiertés étant d’avoir participé opérationnellement aux premiers vols d’Ariane V. En 1996, j’étais ingénieur Etudes et Chef de Projets dans le domaine du spatial, de la défense, de l’offshore ou du ferroviaire pour la société Techlam. En 2001, chez Renault Véhicules Industriels, j’étais responsable de la validation de la gamme légère avant de rejoindre Thimonnier, en 2002, comme Chef de Projets.

Puis Directrice Technique, Responsable financière, Directrice générale-adjointe, Directrice générale et Présidente, depuis 2009. En novembre 2013, j’ai acquis l’ensemble des parts de la société d’exploitation, dont je suis désormais propriétaire à 100%.

Thimonnier travaille depuis longtemps à l’international ?

S.G. : Les marchés internationaux représentent actuellement 85% de notre CA : Canada, Amériques, Afrique noire, Moyen-Orient, Asie et Europe. Les relais de croissance de l’entreprise sont incontestablement hors d’Europe. Notre terrain de jeu est mondial et notre concurrence directe l’est tout autant.

Notre longue expérience de l’international rend les choses un peu plus faciles pour nous car, aujourd’hui, construire des relais fiables à l’étranger est complexe. Or justement il faut des résultats plus rapides qu’auparavant pour nos clients.

Par ailleurs, nous rencontrons des difficultés au niveau des langues, non pas chez les commerciaux pour lesquels au moins l’anglais est acquis, mais chez les techniciens et particulièrement ceux du Service Après-vente. C’est une difficulté pour nos recrutements. Nos principaux concurrents se trouvent en Allemagne (pour le matériel médical), au Japon (pour les sachets Doypack® , la Finlande (pour les sachets coussins) ou l’Italie (pour les technologies de soudure à haute fréquence pour lesquelles nous sommes une référence).

Ce marché mondial et ce type d’activité impliquent une importante part d’innovation ?

S.G. : 10 à 15% de notre CA sont consacrés à la R&D. Ces dernières années les recherches étaient prioritairement orientées sur l’élaboration de nouvelles techniques de soudure, de procédés innovants. Les axes de « qualité et propreté des machines » ainsi que la cadence et la performance sont nos principaux axes d’amélioration permanente. Notre métier est très technique car la manipulation des sachets souples et leur remplissage sont complexes.

Vous semblez être l’exemple vivant que les femmes ont leur place aux rênes d’entreprise industrielle ? 

S.G. : En ce qui concerne les femmes, je lance régulièrement des appels : « venez dans l’industrie, il y a beaucoup à créer ! ». Dans mes différents postes, mes différentes collaborations avec les hommes se sont toujours bien déroulées. Il y a une évolution certaine. En fait, je baigne dans un univers masculin depuis longtemps et je me suis rendu compte que, si une femme doit batailler beaucoup au début de son parcours, elle est reconnue lorsqu’elle acquiert des compétences. En France, les femmes sont si peu nombreuses aux responsabilités dans l’industrie mécanique qu’elles ne sont pas perçues comme une menace mais plutôt comme une véritable valeur ajoutée.

Pour moi, la mixité dans tous les domaines est un grand enrichissement. Il est aussi dommageable de n’avoir que des hommes ou que des femmes. De même il faut mélanger les talents, les origines, et les faire travailler au sein de la même communauté…C’est ce qui crée la richesse de l’entreprise. Et ce que je veux absolument conserver, c’est notre culture familiale d’entreprise.

Contact : Sylvie Guinard (MBA 2002), tél. 04 72 08 19 19, sylvie.guinard@thimonnier.fr


  • Sylvie Guinard sera présente le 27 mars pour participer à l’Entrepreneurs’Day organisé sur le campus d’EMLYON Business School. Elle participera, en compagnie d’autres entrepreneurs, à la table ronde intitulée : "Génération entrepreneurs de croissance".
  • Découvrez le programme de l’Entrepreneurs Day.

 


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