Antonin Léonard : « L’étranger pour remettre en question ses convictions »

Nov 17, 2014

L’économie collaborative est aujourd’hui présente partout : covoiturage, location d’appartements, financement participatif, mouvement des makers… Si certaines entreprises du secteur sont aujourd’hui critiquées, elles sont néanmoins représentatives des changements à l’œuvre dans la société, estime Antonin Léonard (MSc in Management 2010), co-fondateur de OuiShare, un Think tank dédié à l’économie du partage et de la collaboration.


Comment vous êtes-vous intéressé à l’économie collaborative ?

Le point de départ, ce sont probablement six mois passés en Amérique latine en 2007 après ma première année d’école, où confronté à d’autres réalités économiques et culturelles, mon regard sur le monde a évolué. La crise de 2008 a joué un rôle de déclencheur et m’a poussé à suivre une voie non « traditionnelle ». J’ai commencé à me passionner pour l’impact d’Internet sur l’économie, puis aux réseaux sociaux et à la consommation collaborative. Tout cela m’a amené à créer un blog dédié à la consommation collaborative en 2010, avant de développer avec d’autres le Think Tank OuiShare, dédié à l’économie collaborative.

Certaines entreprises basées sur ce modèle sont aujourd’hui vivement critiquées, donnant l’impression que, finalement, l’économie collaborative c’est faire du neuf avec du vieux…


La question centrale est celle du partage de la valeur. Ces nouveaux services contribuent-ils à davantage distribuer la valeur ou au contraire à la centraliser ? Si création de monopole il y a (Airbnb, Uber, BlaBlaCar), se fait-elle au bénéfice ou au détriment des utilisateurs ?

Au-delà de ces applications dont on parle beaucoup, l’économie collaborative rassemble également de nouvelles pratiques sources de création de valeur pour le plus grand nombre et  révèle l’émergence (ou le retour ?) d’une culture contributive : création de connaissance en commun avec Wikipedia, logiciel libre, développement de la fabrication numérique open source, les exemples sont de plus en plus nombreux et concernent l’économie dans son ensemble, pas simplement le secteur du logiciel.

Le développement de l’économie collaborative et contributive oblige également à repenser le rôle du travail et des emplois. Quand des individus se mettent au covoiturage, louent leurs appartements le temps d’un week-end, vendent leurs créations originales sur une plateforme comme Etsy, réparent toutes sortes d’objets au lieu de les acheter, contribuent à un article sur Wikipedia, il y a création d’activité économique (rémunérée ou non) mais pas d’emplois tels que nous les connaissions jusque-là. Cela est constitutif de l’évolution de nos sociétés où les consommateurs deviennent de plus en plus producteurs. Faut-il combattre ou accompagner cette évolution ? C’est notamment la question qui se pose au politique.


Ce « demain, tous entrepreneurs » ne reflète-t-il pas plutôt un contexte de crise ?

La crise joue un rôle d’accélérateur, mais la vraie cause est à aller chercher du côté d’Internet et des nouveaux usages qui en découlent. On sent bien que cela s’inscrit également dans la tendance actuelle à refuser les vieilles structures hiérarchiques et à chercher du sens dans son travail. Certaines entreprises ont bien compris cette évolution et fonctionnent déjà sans managers, ou alors spécifiquement par projet. C’est une tendance de fond.


Selon vous, ce changement culturel et économique EMLYON a-t-elle su l’anticiper ?

Quand je suis sorti diplômé en 2010, j’avais l’impression que certains enseignements, le marketing notamment, n’avaient pas su prendre le virage de l’économie numérique. On nous dispensait des cours sur les études de marché quand j’aurais aimé étudier le webmarketing par exemple. En 2014, le webmarketing est déjà presque dépassé. Donc forcément, tout enseignement a un temps de retard par rapport à l’évolution de la société. La difficulté pour les écoles de commerce aujourd’hui est d’anticiper les transformations toujours plus rapides induites par le numérique et de les intégrer à la fois dans le contenu de ce qui est enseigné que dans la façon dont sont transmis ces enseignements (en réfléchissant à l’interaction Moocs / cours physiques notamment).

Autre élément clé à mon sens, proposer une vision inspirante de ce à quoi ressemblera le monde dans 5 ou 10 ans. Je me souviens du discours de Tugrul Atamer (DGA de l’école) lors de la cérémonie des diplômes : il évoquait la 3ème révolution industrielle à venir et la nécessité pour les diplômés d’intégrer cette mutation dans leurs parcours.

La vraie originalité d’EMLYON, c’est aussi de nous pousser à passer beaucoup de temps à l’étranger (en nous laissant relativement libre de la destination), cela incite à remettre en question ses croyances, ses convictions. Cela n’a jamais été aussi important car nous allons vers un monde de plus en plus incertain.

Contact : Léonard Antonin (2010) 06.33.48.48.38 antonin@ouishare.net

 


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