Interview Startup : « On s’y est repris à deux fois pour trouver notre business model »

Parti trois ans à Abidjan où il a co-fondé Zebra Mobile, une entreprise spécialisée dans la réparation et le reconditionnement de smartphones, Aimé de la Villejégu est revenu en France pour, déjà, terminer son Master de management (spécialité entrepreneuriat 2019) mais surtout pour lancer une nouvelle entreprise, Selli. Cette plateforme permet d’acheter et de vendre son smartphone directement à un particulier et, contrairement au reconditionné où les téléphones passent par de nombreux intermédiaires, d’offrir les meilleurs prix aux consommateurs. L’objectif : devenir le Vinted du smartphone d’occasion. Alors que trois millions de téléphones portables sont vendus chaque année en ligne, Selli a un marché à prendre…

Comment trouve-t-on une idée d’entreprise ?

Selli n’est pas née par hasard. Henry, avec qui j’ai déjà cofondé Zebra Mobile, et moi souhaitions trouver une nouvelle idée dans le secteur du smartphone que nous connaissons bien et qui offre de vrais potentiels de croissance et d’opportunités d’entreprendre. Ensuite, nous avons fait le constat qu’en France, 100 millions de smartphones dorment dans des tiroirs et que chaque année, trois millions étaient vendus sur le site Le bon coin avec pas moins de 400 000 arnaques. On voulait donc offrir une solution pour que les gens revendent leur téléphone de manière sécurisée. A l’origine, nous proposions aux particuliers de racheter leur téléphone pour les reconditionner et ensuite de les revendre. Ça a été un échec… En un mois et demi, nous avons peut-être réussi à acheter quatre ou cinq smartphones. Nous avons revu notre business model et compris qu’il fallait que les gens les vendent d’eux-mêmes. On tenait notre « Vinted » du téléphone.

Justement, comment vous avez su que vous teniez la bonne idée ?

Parce que les commandes ont suivi… L’idée d’une plateforme mettant en contact acheteurs et vendeurs était la bonne solution pour les particuliers.

Concrètement, comment fonctionne Selli ?

Les vendeurs vont sur notre site, ils rentrent le modèle de leur téléphone et obtiennent le prix de revente sur le marché. Libre à eux de le suivre ou pas. Nous leur demandons également le numéro IMEI de leur téléphone – sa carte d’identité – pour savoir s’il a été volé mais aussi connaître l’état de la batterie sur certains téléphones. En face, ceux qui veulent acheter un téléphone d’occasion font leur choix sur la plateforme. La somme payée est bloquée pendant quelques jours, le temps de s’assurer qu’ils ont bien reçu le téléphone et qu’il est conforme à leurs attentes. Ensuite, si tout va bien, le vendeur est crédité. Et grâce à Selli, il y a un cadre juridique qui sécurise les transactions et les achats.

Avec ton associé, quelles sont vos ambitions pour Selli ?

Clairement, on veut créer une grosse entreprise. Il y a 8 millions de téléphones qui s’échangent sur Leboncoin et Facebook Marketplace. Le marché du reconditionnement est en pleine mutation et en plein boom. Notre stratégie est de réaliser des petites commissions sur les transactions (4 à 8 %) et ainsi de réaliser du volume. Pour l’instant, Selli vit grâce à nos fonds propres et une bourse de la BPI mais d’ici à la fin de l’année, nous comptons bien réaliser une première levée de fonds. Notre objectif est de croître fortement car il n’y aura pas de place pour les « petits ».

Qu’est-ce qui te motive à entreprendre ?

L’aventure ! Chaque jour est différent, il y a de multiples problèmes à régler, on rencontre un tas de personnes et c’est plein de rebondissements. A mon retour de Côte-d’Ivoire j’ai intégré une société pour un travail de conseil. J’ai tenu 53 jours avant de démissionner. Une fois qu’on a pris goût à l’entrepreneuriat, on ne peut pas revenir en arrière.

Ta scolarité à emlyon business school t’a été utile dans ton parcours ?

Quand je suis parti en Afrique, il me restait une année à terminer à l’école. Pourtant, on m’a laissé partir et l’école m’a soutenu dans mon projet. Quand je suis revenu, j’ai choisi de finir ma scolarité en intégrant un programme entrepreneuriat. C’est un vrai plus. D’ailleurs ça fonctionne bien : sur les 20 étudiants du programme, huit se lancent dans cette aventure !

Il y a un engouement, aujourd’hui, en France pour la création d’entreprise, comment analyses-tu cela ?

Pour avoir créé ma première société à l’étranger, je peux dire qu’en France on a de la chance. Il est très simple de monter son entreprise, de recevoir des bourses et de solliciter son réseau. C’est peut-être aussi dans l’air du temps mais toutes les conditions sont réunies pour développer un esprit entrepreneurial à la française.  

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