Pierre Cabane (Kibio) : « Les anglo-saxons sont davantage portés vers la croissance et ont une vision stratégique plus moderne »

Après 25 années comme cadre dirigeant au sein de L’Oréal, puis directeur général de Bioderma/Esthederm, Pierre Cabane (Programme Grande Ecole 1982) fonde, en 2005, sa marque de cosmétiques, Kibio, qu’il revend 5 années plus tard à Clarins. Depuis 2012, il s’est lancé dans une nouvelle aventure : PMT Conseils, une société spécialisée en conseils stratégique, construction de marque et gouvernance dans les PME et les ETI. En parallèle, il enseigne à Sciences Po Paris et Dauphine. Sa motivation ? « La volonté de transmettre »

Pourquoi avez-vous créé PMT Conseils ?

Pour moi, la croissance d’une entreprise doit reposer avant tout sur la croissance plutôt que la réduction des coûts. Avec PMT Conseils, j’aide les entreprises à développer et construire leur marque ou encore à s’implanter à l’international. Pour cela, il faut également permettre aux talents de grandir et perfectionner le charisme et le leadership du dirigeant.

C’est une pensée qui a mûri avec mes expériences passées. A 20 ans, les ressources humaines ne sont pas forcément très intéressantes. Plus tard, j’ai eu envie de transmettre mes connaissances et ma vision de l’entreprise.

Justement, comment percevez-vous le management français ?

La plupart du temps, on fait remarquer aux salariés ce qui ne va pas. C’est l’inverse de ce qu’il faut faire… Pour engager et fidéliser les employés, il est nécessaire de stimuler et donner envie. Nous sommes entrés dans une ère de « slashers » : des personnes vont mener plusieurs projets de front. Pour certains, c’est une façon de compléter leur salaire, pour d’autres, c’est aussi pour cumuler un « job alimentaire » avec une activité qui les intéresse davantage. La notion de plaisir est très importante pour les générations dites Y et Z.

Que préconisez-vous pour améliorer les conditions en entreprise ?

J’ai inventé l’acronyme RIRE pour : Rémunération, Intérêt du travail, Reconnaissance et Evolution. Déjà, si les entreprises mettaient cela en pratique de façon sincère et sérieusement, elles réussiraient à motiver leurs équipes. Malheureusement, en France, les cadres sont peu formés au management, la notion d’amusement leur est souvent étrangère et ils sont mis sous pression par leur hiérarchie.  

Un mot sur ce que vous retenez d’emlyon business school ?

La diversité de l’enseignement ! Nous avons la chance d’aborder de nombreuses disciplines et de développer une pensée assez complexe. Le fait que l’école mise sur l’international est aussi un vrai plus. Je garde également en tête une pédagogie basée sur le travail en équipe et le jeu. Vous l’aurez compris, pour moi, le fait de prendre du plaisir est quelque chose de très important dans le développement personnel.

Un souvenir à en particulier ?

Henri Savall, un professeur qui travaillait sur la notion d’immatériel, m’avait dit qu’entre deux décisions, il fallait toujours privilégier celle qui nous faisait le plus envie. Dit autrement, la raison passe après la passion. Je n’ai jamais oublié ce conseil. Je le redis aux jeunes générations : amusez-vous, faites ce qui vous plaît vraiment, ne visez pas nécessairement une position sociale si ce n’est pas ce qui vous fait profondément rêver.

Avant PMT Conseils, vous avez monté votre entreprise de cosmétique, vous souhaitiez depuis longtemps être entrepreneur ?

Non, je n’ai pas toujours eu cette envie. D’ailleurs, j’ai attendu d’avoir 45 pour me lancer. Mais j’ai pu constater que l’entrepreneuriat procure des joies immenses. Il y a une grande émotion à concevoir ses produits.

Que diriez-vous à un étudiant qui souhaite se lancer ?

De foncer ! A 20 ans, quand on est encore à l’école, les risques sont minimes. Et quand bien même ils échoueraient, qu’ils gardent cette citation de Nelson Mandela en tête : « Je ne perds jamais. Soit je gagne, soit j’apprends ». Je leur conseillerais aussi de se frotter à un environnement international pour apprendre d’autres manières de travailler. J’ai souvent travaillé avec des Anglo-Saxons. Ils ont une vision plus entrepreneuriale, peut-être moins intellectuelle qu’en France. Ils sont également davantage portés vers la croissance et ont une vision stratégique plus moderne.

Les choses semblent tout de même évoluer en France ?

C’est vrai, d’ailleurs la France est l’un des pays où il est le plus facile d’entreprendre. Mais s’il est relativement simple de réaliser un chiffre d’affaires de 2 ou 3 millions d’euros, la montée en puissance me paraît plus difficile. Les banques ne sont pas toujours à l’écoute et prêtent plus volontiers aux grosses entreprises qu’aux petites. C’est dommage, cela limite la possibilité de développer de grosses structures.

Une personnalité qui vous inspire ?

Churchill, pour son courage. C’est une vertu importante. Il faut parfois oser prendre le contre-pied de ce qui se présente à vous et avoir la force d’imposer ce que l’on pense être juste.

Vous vous voyez encore entreprendre ?

Peut-être que je le ferais dans le domaine de l’hôtellerie-restauration. C’est un secteur créatif, basé sur la transmission et le plaisir. J’imagine un lieu mêlant haut-de-gamme répondant aussi au bien-être de l’esprit. Pourquoi pas un hôtel-culturel… ?

 

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